Il y a quelques semaines, Asos magazine m’a demandé d’écrire une lettre ouverte pour leur prochain numéro. J’ai d’abord songé à écrire une lettre à l’enfant que j’ai été, puis à l’enfant que j’aimerais avoir, avant de finalement écrire sur ce qui m’a poussé à créer Point de Vulve. La voici, en intégralité.

Chères femmes et hommes du XXIe siècle,

Savez-vous ce que c’est qu’une vulve ? Avez-vous prononcé le mot vulve récemment ? Essayez ! La vulve, ce mot que beeeeaucoup ont du mal à énoncer est pourtant le seul mot à décrire les organes génitaux externes de la femme. Liv Strömquist, dans  » L’Origine du Monde  » consacre un roman graphique entier à la vulve pour expliquer pourquoi ce mot est devenu tabou, pourquoi tant d’hommes ont voulu cacher ce sexe qui dérange. Ce mot (pourtant 11 points au Scrabble, 4 points de plus que  » pénis « !) est trop méconnu pour la bonne et simple raison que les femmes connaissent mal leur propre vulve. C’est la raison pour laquelle j’ai appelé mon site  » Point de Vulve « . Déjà, parce que le jeu de mot avec le célèbre magazine guindé prête à sourire, et aussi, pour qu’un jour, peut-être, on n’ait plus peur de la vulve.

Je vous invite à visiter l’instagram de Point de Vulve. C’est un moodboard qui met les femmes, toutes les femmes à l’honneur. Il y a des visages, il y a des mères, il y a des petites filles, il y a des peintures, il y a des vulves. Des vulves dans l’art, des vulves brodées, des vulves néon, des vulves en boucle d’oreilles, des vulves, des vulves, des vulves… Il y a beaucoup de corps également. Des corps de toutes les formes, de toutes les couleurs, tous beaux, parfois nus, parfois maquillés, parfois meurtris. Je veux montrer ce que je n’ai pas eu la chance de voir quand j’ai grandi. La diversité. Il y a de la nudité, beaucoup de nudité, mais toujours dévoilée à travers une esthétique, une poésie.

Je n’ai pas fait d’étude de genre, je n’ai pas lu l’intégralité de Judith Butler, Susan Sontag, Gertrude Stein, comme le dit merveilleusement bien Roxanne Gay,  » I’m a bad feminist « . Le féminisme est multiple, et dieu merci. J’ai choisi des études d’Histoire, puis de journalisme avant de me retrouver projeté dans la presse culturelle. L’Officiel, les inRocKs, Vanity Fair, MilK… Tout ça m’a appris l’importance de l’image, bien plus que celle des mots. Or, j’ai rapidement su que j’avais besoin de  » plus « . Plus, parce qu’en moi, depuis que je suis petite, il y a une colère énorme. Peut-être que chaque femme porte en elle ce sentiment. Le mien était grand. Alors, je suis devenue militante. Pour donner un sens à ce que j’écrivais.

Avec Point de Vulve, j’essaye de faire mon travail de journaliste, de transmettre un message féministe à des gens qui pensent qu’ils ne sont pas forcément féministes. La mode, le cinéma, les séries, l’art, la photographie, la céramique, les livres, les romans graphiques, les journalistes comme Elodie Font, Iris Brey, Delphine Dhilly, qui font bouger les choses. Faire connaître ces personnes-là, raconter qui elles sont, ce qui les motive. Ce qui m’intéresse c’est de chercher ces femmes inspirantes avec un message fort et de leur donner la parole. Désacraliser simplement un terme qui jusqu’à présent est un  » gros mot « . Parler de mon endométriose pour la première fois, grâce à une collab’ hyper cool. Rendre les choses attrayantes, pour toucher au plus large. Ça peut marcher non ?



Chloé Dalibon