Coup de cœur ce film d’animation très court qui brise le tabou de la masturbation féminine avec brio, réalisé par Renata Gasiorowska.

Une femme est dans son appartement, elle se caresse, d’abord sur son canapé, puis dans un bain, dans sa chambre… Puis sa vulve se détache, pour devenir un personnage (terriblement mignon) à part entière. Dis comme ça, c’est bizarre, mais ce sont huit minutes de pur plaisir, avec (spoiler alert) une fin orgasmique.

Ce court métrage sorti en 2016 a fait le tour du monde et remporté une petite ribambelle de prix et c’est peu dire que tout le monde devrait voir cette merveille. Renata Gasiorowska brise les tabous autour de la sexualité féminine et particulièrement celui de la masturbation. Le film parle d’apprendre à se connaitre, à s’écouter, à prendre le temps. « On ne parle jamais de masturbation féminine, même entre copines. On parle de nos premières fois, de sexe, mais jamais de plaisir solitaire » explique-t-elle au site Polish Shorts.

Renata Gasiorowska a tiré son inspiration de ses années en école de film d’animation, pendant lesquelles elle passait beaucoup de temps sur les sites et les blogs dédiés à la sexualité féminine, qui documentaient ses exercices. « Dans un article consacré à la mastubation, l’auteure disait qu’il fallait prendre son temps, et le considérer comme un date avec soi-même. Donc oui, elle encourageait à allumer quelques bougies, prendre un bain, mettre une musique planante, comme l’héroïne de Pussy. » raconte Renata.

Pendant les premières minutes du film, un personnage masculin observe notre héroïne dans son appartement, nue, et souhaite à tout prix la rejoindre. Ce personnage, appelé Peeping Tom racoon, fait référence à un précédent film de Renata. Il représente : le male gaze, cette objectivation sexuelle des femmes par les hommes hétérosexuels, un concept mis en avant par Laura Mulvey dans les années 70. « Dans beaucoup de cultures, subsiste le mythe du Vagina Dentata, selon lequel certaines femmes auraient un vagin muni de dents, qui couperait ou mordrait le pénis qui s’en approche. Ce mythe représente l’angoisse de la castration. Lorsque dans le court métrage, le sexe de notre protagoniste se transforme en monstre pour terrifier Peeping Tom racoon, c’est pour en finir avec toute cette sphère qui tourne autour de la sexualité masculine. La vulve sent que c’est lui, derrière la porte, qui la regarde et qui l’empêche de prendre du plaisir. » narre la réalisatrice.

Ce film parle de libération, de briser un tabou qui a la peau dure. Le personnage principal est d’ailleurs sobre, seule, on ne sait pas si elle est en couple ou pas, si elle est lesbienne ou hétéro, chacune peut s’y retrouver facilement. De même, le décor, les couleurs primaires et les traits simples sont là pour nous rappeler que l’important est ailleurs. Cette sobriété laisse triompher le message principal. Seule la fin, orgasmique, laisse place à la folie et une musique psychédélique, comme si nous étions dans la tête du protagoniste. Du génie.

Regardez Pussy en intégralité ici :