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Rencontre avec Liv Strömquist

Liv Strömquist est suédoise, auteure et illustratrice de comics. En quelques années, elle s’est placée dans la liste des auteures féministes à suivre car son travail est aussi brillant qu’audacieux. Elle dénonçait les préjugés sur le couple dans « Les sentiments du Prince Charles », elle s’amusait du tabou autour de la vulve dans « L’origine du monde », elle sort ce mois-ci un délicieux ouvrage sur les épouses, les petites amies et les copines des plus bad boyfriends de l’histoire. Dans « I’m every woman », elle y parle de Bergman, d’Elvis Presley, et même de l’ange Gabriel… Encore une fois, Liv Stromquist dézingue les valeurs masculines qui dominent la société contemporaine avec beaucoup d’humour et de finesse. Rencontre.

Point de Vulve : D’où viens-tu ? quel est ton parcours ?
Liv Strömquist : J’ai grandi à la campagne, dans le Sud de la Suède, très loin des maisons des autres enfants… Au milieu de nul part, à la sortie du village de Ravlunda. Mes parents étaient très inspirés par le mouvement hippie. Nous n’avions pas de télévision, nous ne mangions pas de viande, on faisait pousser des légumes etc. J’ai trois frères et sœurs et nous n’étions pas riches. Mon père est artiste et ma mère travaillait à mi-temps dans une librairie. Quand j’étais enfant, j’étais beaucoup encouragée à faire de l’art, à lire beaucoup de livres… Il n’y avait pas grand chose d’autre à faire cela dit !

Comment est née ta conscience féministe ?
J’ai passé mon enfance à lire, à dessiner un peu. Je faisais des petits comics mais ça ne m’intéressait pas plus de ça. A 17 ans, je suis allée à Stockholm, rendre visite à ma sœur. Par accident, nous sommes tombées sur un petit café, sorte de QG anarchiste, et il y avait un atelier féministe… Ca m’a complètement ouvert l’esprit, à partir de là je suis devenue une féministe convaincue. J’étais la seule de mon école d’ailleurs. Je me rappelle qu’en rentrant dans mon village, j’ai rompu avec mon copain, et j’ai lu tous les bouquins féministes que je pouvais trouver dans la bibliothèque locale (3 ou 4). Ensuite je suis partie étudier différents sujets à l’université, les sciences politiques et la sociologie surtout. C’est à 25 ans que j’ai eu l’idée de faire mes propres comics dans un fanzine. L’éditeur d’un magazine est tombé dessus, il a voulu me publier et voilà à peu près comment tout à commencer !

Après le sexe féminin, le couple, l’écologie, d’où est née cette envie d’écrire sur ces mauvais boyfriends ?
A vrai dire c’est un livre que j’ai écrit bien avant les autres ! Il est sorti en Suède en 2008. Cependant, je suis très intéressée par l’histoire des femmes. Il y a beaucoup de livres qui traitent des « Femmes oubliées de l’Histoire », des femmes tombées dans l’oubli alors qu’elles ont réalisé de grandes choses. Mais je m’intéresse également aux femmes qu’on a oublié même si elles n’ont PAS fait de grandes choses, et par ça j’entends des femmes qui ont pris soin des autres, qui n’étaient « que » très belles, des petites amies, des femmes de. Elles n’ont pas été très actives dans les milieux de l’art, de la science ou de la politique. Si vous lisez des portraits d’hommes importants, il y a toujours des femmes pour prendre d’eux, élever leurs enfants, les soutenir, les calmer etc. Ce sacrifice constant des femmes est crucial dans le travail accompli par ces hommes. C’est intéressant de s’intéresser à ces femmes de l’ombre, ça dit beaucoup.

Comment travailles-tu ?
J’ai un petit atelier qui ne paye pas de mine, très sombre, que je partage avec deux autres auteurs de BD, qui sont aussi mes amis proches. J’ai des horaires très classiques, je travaille comme tous le monde, je rentre le soir et je fais dîner mes enfants. Rien de bien rock’n roll ! En terme d’inspiration, j’admire des femmes fortes comme Niki de Saint Phalle (particulièrement le projet « Hon » ) mais j’aime aussi Ana Mendieta, Marina Abramovic… Et la philosophie aussi, m’inspire beaucoup pour écrire. Je puise beaucoup de mon inspiration dans Nietzsche et Kropotkin.

Quelles sont les critiques que tu as entendues ?
Récemment, j’ai réalisé une exposition dans le métro de Stockholm, dans laquelle on pouvait voir des images de femmes qui avaient leurs règles. Le sang menstruel était évidemment représenté et cela a fait grand débat ici. Certaines images ont été détériorées plusieurs fois, quelqu’un a également jeté de la peinture dessus. Le parti d’extrême droite suédois a même réalisé une campagne d’affichage contre ce type d’art, en promettant que s’ils gagnaient du terrain, ce genre d’exposition serait interdite dans les lieux publics.

Illustration de Liv Strömquist à la station de métro Slussen, à Stockholm

On dit souvent qu’en Suède, les mentalités et les consciences féministes (comme LGBT) sont plus évoluées qu’en Europe. Pourtant, tes dessins ont fait scandale. Qu’en penses-tu ?
Il y a un mouvement féministe très fort en Suède et le simple fait qu’on m’ait demandé de faire cette exposition sur les règles, de montrer des femmes qui saignent, ça prouve qu’on a fait du chemin. Mais comme partout en Europe, il y a un mouvement d’extrême droite, et malheureusement leurs valeurs sur les femmes, la communauté LGBT et le reste, est toujours présente. Et le vrai problème c’est que ces courants extrémistes ne font que croître dans toute l’Europe depuis quelques années…

Quels sont tes projets ? J’ai appris que tu venais d’avoir un nouvel enfant (Félicitations !), peut-être un futur livre sur la grossesse, la maternité ?
Peut-être ! Je n’aime pas trop parler des projets futurs, j’ai toujours l’impression que ça porte la poisse ! Mais en tout cas, je vais continuer à écrire des livres, jusqu’à ce que je vois une vieille dame ! J’écrirais certainement un livre sur mon chat, en disant que sa nourriture coûte un bras et que la vie était bien plus belle avant qu’il soit là ! Haha.

« I’m every woman », de Liv Strömquist, éditions Rackham 

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  1. […] du mal à énoncer est pourtant le seul mot à décrire les organes génitaux externes de la femme. Liv Strömquist, dans  » L’Origine du Monde  » consacre un roman graphique entier à la vulve pour […]

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